Alliance des gauches : un jour sans fin ?

Combien de fois nous jouera-t-on le même film ?

Depuis 2022 – et à vrai dire depuis 2017 si on inclut les déclarations du candidat à la présidentielle Benoît Hamon, les partis de « gauche de gouvernement », notamment le PS, Place Publique, EELV, le PCF… affirment la main sur le cœur que jamais au grand jamais ils ne feront d’alliance avec LFI, puis, entre les deux tours de chaque élection, s’y rallient pour quelques strapontins.

Nous avions déjà évoqué cela à propos de Carole Delga [lien], de Raphaël Glucksmann [lien] et [lien]

Mais puisque la recette marche et qu’on trouve encore ce qu’il faut d’électeurs pour tomber dans le panneau et garantir quelques réélections, pourquoi changer ?

Même dans les circonstances gravissimes que nous connaissons, après le lynchage à mort d’un militant d’extrême-droite par la Jeune Garde, même après les jeux de mots antisémites de Mélenchon (le mot « antisémite » est enfin lâché, après 12 ans de discours antisémite structuré… mieux vaut tard que jamais). Et bien même dans ces conditions, la gauche « modérée » se roule dans la fange et tente de rouler son électorat dans la farine à l’occasion des élections municipales.

Déroulé de quelques faits et déclarations qui parlent d’eux-mêmes : 

8 février, Olivier Faure juge qu’il n’est « pas juste » de classer LFI à l’« extrême gauche »

18 février, après le lynchage de Quentin Deranque :
– Faure : « On n’a plus rien à faire avec LFI », « LFI ne peut conserver la moindre ambiguïté avec tout mouvement violent »
– François Hollande: « Au deuxième tour, pas d’alliance entre les socialistes et LFI aux municipales, c’est clair »

20 février, Olivier Faure : « Il n’y a pas eu d’alliance au plan national au premier tour [des élections municipales], il n’y en aura pas davantage au second tour » [vidéo]

25 février, Mathilde Panot : au sujet du meurtre de Quentin Deranque « Je suis fière d’avoir Raphaël Arnault dans mon groupe parlementaire »

Le lendemain, lors de son meeting à Lyon, Mélenchon répète son soutien à la Jeune Garde et à son cofondateur, le député Raphaël Arnault : « Ce sont nos frères »

1er mars, les portes s’ouvrent  : Marine Tondelier déclare : « Dans les endroits où ils feront 10% et où on aura besoin d’eux pour gagner, la question [des fusions] se posera » au cas par cas, elle veut « faire confiance aux chefs de file [LFI] pour prendre les bonnes décisions ».

Le 3 mars, Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, propose d’appliquer  la règle du « désistement républicain » quand « la droite et l’extrême droite » risquent de l’emporter. Il n’exclut pas d’éventuelles fusions avec des listes insoumises à condition que leurs têtes de liste « se détachent » et condamnent les propos de Jean-Luc Mélenchon… vœux pieu d’un désistement républicain en faveur d’anti-républicains.

7 mars : Olivier Faure, à propos des jeux de mots sur les patronymes juifs de Jean-Luc Mélenchon « Que ce soit son inconscient qui parle ou que ce soit délibéré, c’est inacceptable […]le franchissement de l’inacceptable […] renoué avec des tropes antisémites qu’on pensait inimaginables à gauche ».

9 mars : Sandrine Rousseau (EELV, associée au PS dans de nombreuses municipalités, y compris à Paris), à quelques phrases d’intervalle lors d’une interview à Sud Radio : 

  • « On ne joue pas avec les noms juifs d’aucune manière. Ça réveille des réflexes antisémites dans la société »
  • « Non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas devenu infréquentable »

Quand on vous disait que l’antisémitisme n’est plus rédhibitoire…

Toujours Sandrine Rousseau, le 12 mars, encore plus limpide : « Si le PS et EELV laissent perdre des villes comme Paris simplement parce que « Mélenchon il est méchant », ça va devenir difficile de croire à la sincérité de vouloir changer la vie des gens ». Traduisons : on ne va pas s’arrêter à un si petit « point de détail » que l’antisémitisme.

10 mars Olivier Faure: [Au second tour, le PS fera la distinction entre] « les insoumis à visage humain » [et Jean-Luc Mélenchon]. Faure a trop vu le sketch des Inconnus sur les bons chasseurs et les mauvais chasseurs…

13 mars : on dénombre une soixantaine de villes avec une alliance entre le PS et LFI, parfois élargie à EELV et PCF, comme ​​à Chartres, Niort, Draguignan, Corbeille-Essonne et Maison-Laffitte.

La palme du louvoiement revient sans doute à Jérôme Guedj, qui n’en est pas à ses débuts en la matière, qui déclare le 25 février sur BFM : « Je préfère perdre une élection que perdre mon âme » (donc s’allier à LFI, c’est perdre son âme)

Le 20 février pourtant, il avait déclaré : « Je ferai tout pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir […] je préfère voter pour le candidat quel qu’il soit face au RN, même LFI»

Après la NUPES de 2022, le Nouveau Front Populaire de 2024, se dessine le « front antifasciste » qui justifiera toutes les alliances. À la semaine prochaine !

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