Le Monde publie aujourd’hui 7/10/2025 cette tribune « collective » (fac simile ci-dessous)

Cette tribune est une nouvelle escroquerie contre la laïcité tant sur le fond que sur la forme.
- Un texte flou, où aucune accusation n’est explicitée
La tribune évoque des « dérives » supposées de la laïcité, mais sans citer un seul exemple concret, sans mentionner aucune décision précise, sans nommer aucun responsable.
Cette absence totale de faits rend le propos flou et généraliste. Elle donne l’impression que l’objectif est moins d’éclairer le débat que de fabriquer un climat de suspicion autour de la laïcité elle-même, présentée comme un instrument d’oppression sans démonstration solide.
En somme, beaucoup d’insinuations, aucun argument vérifiable.
2. Ce que la tribune vise réellement : les règles sur le port du voile
En réalité, lorsqu’on lit entre les lignes, les « dérives » dénoncées semblent renvoyer à deux mesures bien connues : l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école, l’interdiction du voile intégral dans l’espace public.
Mais la tribune ne l’assume jamais explicitement. Elle préfère critiquer une abstraction (« une laïcité dévoyée ») plutôt que de discuter les textes existants. Cette ambiguïté empêche tout débat honnête.
3. Les faits historiques contredisent les sous-entendus
L’interdiction du voile à l’école ne date pas de 2004, elle s’enracine dans les circulaires de Jean Zay de 1936 et 1937, qui demandaient déjà que l’école reste un espace préservé du prosélytisme religieux. Cela fait donc près de 90 ans que la neutralité scolaire s’applique ainsi. L’affaire de Creil a re-soulevé le débat à un moment où les politiques n’étaient plus prêts à défendre la laïcité avec ses lois déjà existantes. Ceci a semé une confusion, mais elle a été traitée, et pour appuyer la loi de 1905 et les textes qui s’en sont suivi dans le nouveau contexte actuel, la commission Stasi a mené à la loi de 2004.
Quant à l’interdiction du voile intégral, elle ne relève pas de la laïcité mais du principe de fraternité et du refus de la dissimulation du visage dans l’espace public.
Si les auteurs souhaitent remettre en cause ce fondement, la fraternité républicaine, ils devraient le dire clairement. Leur discours serait peut-être moins suivi.
On pourrait aussi imaginer que les auteurs parlent de cette proposition de l’interdiction du voile pour les mineures de moins de 16 ans dans l’espace public. Et là aussi, ils se tromperaient car ce n’est pas la laïcité qui est en jeu mais la protection des mineures.
4. Des sous-entendus graves sur un État influencé par des “Églises” non nommées
Dans la dernière colonne, le texte suggère que l’État serait soumis à « diverses cléricatures » mais sans jamais préciser lesquelles. Ce type de formulation vague et insinuante ouvre la porte aux interprétations complotistes. Le vocabulaire employé (“soumission”) nous rappelle tout de même fortement “les génuflexions devant les ukases du Crif” de Mélenchon. Il eut pour le moins été nécessaire d’expliquer au lecteur de cette tribune qui contrôlait en secret l’Etat
Le non-dit remplace l’analyse et ne peut qu’alimenter les imaginaires qui circulent déjà largement.
5. Un objectif déjà observable par le passé : affaiblir la laïcité française
Jean-Louis Bianco, lorsqu’il dirigeait l’Observatoire de la laïcité avec Nicolas Cadène, avait déjà été critiqué pour des positions minimisant le séparatisme religieux et dévoyant le principe de laïcité. Ces orientations ont conduit à la fermeture de l’Observatoire.
La tribune publiée aujourd’hui s’inscrit dans la même logique : fragiliser la laïcité française, en la présentant comme non respectée et devenant ainsi un problème.
6. Un vocabulaire qui alimente la tension plutôt que la réflexion
L’appel final à entrer en « résistance » est particulièrement problématique.
Ce terme, très chargé et omniprésent ces derniers mois dans certains cortèges parisiens pro-palestiniens avec les appels à « l’intifada », entretient l’idée que la République mènerait une guerre contre une partie de la population. C’est un appel déguisé à la violence.
Venant d’un ancien Ministre, ancien secrétaire général de l’Elysée, l’appel à la rébellion contre un fondement de la République nous paraît relever de la sédition.
7. Un titre racoleur qui attaque la laïcité pour installer la volonté de la changer
Pour finir, reprenons le titre.
L’affirmation selon laquelle « le régime de la laïcité défend aujourd’hui une prétendue ‘identité nationale’ » n’est ni un constat, ni un fait, ni une analyse historique. C’est une accusation politique grave, qui retourne la laïcité contre elle-même. Elle repose sur plusieurs procédés problématiques. Ce type d’accusations s’inscrit dans un discours désormais classique de mettre au même niveau des mesures républicaines historiques (interdiction des signes religieux à l’école, neutralité de l’État, refus du voile intégral) et des fantasmes d’extrême droite.
Ce procédé sert à ouvrir la voie à une redéfinition du concept.
La laïcité n’a pas changé, ce sont Bianco et ses alliés qui veulent la changer.
Pour imposer cette version « assouplie » de la laïcité, il lui faut délégitimer la laïcité existante, l’accuser d’être détournée, la présenter comme violente, identitaire, discriminatoire.
En d’autres termes, pour redéfinir la laïcité, il doit d’abord la salir.
Le Monde, en publiant cette tribune, participe exactement de ce processus.
Au lieu de clarifier le débat, cette tribune contribue à désinformer, diviser et affaiblir la laïcité française, qui n’a jamais eu pour fonction d’exclure mais de protéger la liberté de tous.

La laïcité n’est ni un slogan ni une arme politique.
La présenter comme “inchangée” tout en multipliant des dispositifs qui déplacent la charge de la neutralité vers les individus mérite mieux que des formules toutes faites.
J’ai publié une analyse développée et argumentée qui revient :
– sur le principe réel de la laïcité (1905),
– sur les lois récentes et leurs effets concrets,
– sur les confusions entretenues entre neutralité de l’État, identité nationale et contrôle des comportements.
Texte complet ici ;
https://www.facebook.com/share/p/1CxAbMp9x4/
Quelques commentaires sur votre texte :
– vous ne citez pas le compte Mariane en république (vous le citez entre guillemets mais pas en @, ce qui ne permet pas à l’autrice de savoir que vous lancez un débat.
– vous faites dire à l’article de la Cheuille quantité de choses qu’il ne dit pas.
– et de même avec la tribune de Bianco et affiliés. Et pour cause : elle ne dit rien.