Amnesty International droit dans ses bottes

Même quand le Hamas est jugé, Israël reste visé

Amnesty International (AI) vient enfin d’affirmer que les attaques du 7 octobre 2023 constituent des crimes contre l’humanité perpétrés par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens.
Il aura fallu plus de deux ans à l’ONG pour parvenir à cette conclusion.

Alors même que, dès le 7 octobre, les crimes étaient revendiqués, filmés et diffusés par leurs auteurs eux-mêmes, les témoignages de survivants, les images, les preuves matérielles étaient accessibles immédiatement, Amnesty explique avoir été freinée par le « Le refus des autorités israéliennes de coopérer avec notre organisation pour partager certaines informations, l’absence de preuves médico-légales suffisantes, et la réticence de beaucoup de survivant·es et de témoins à confier leur histoire à nos équipes. » Israël encore coupable.
Malgré ces obstacles, AI affirme aujourd’hui que ses conclusions sont « implacables ».

Cette prudence contraste fortement avec la rapidité avec laquelle Amnesty a, par ailleurs, employé le terme de génocide concernant Gaza. Le 5 décembre 2024, soit environ quatorze mois après le début du conflit, Amnesty publiait un rapport concluant qu’Israël « a commis et continuer de commettre un génocide contre les Palestiniens et Palestiniennes à Gaza ».

Là, AI s’est satisfaite  « des faits et des récits » « récoltés » du Ministère de la Santé du Hamas. Et pour essayer d’appuyer son sérieux, ajoute à cette page ses « enquêtes rigoureuses  » sur « les violations des droits humains commises en Israël ». Les milliers de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes et libérés lors de différents accords seraient donc des preuves de génocide.

Ceci dit, la Cour Internationale de Justice n’a toujours pas conclu à l’existence d’un génocide, faute de preuves que devaient apporter l’Afrique du Sud, qui avait saisi la Cour. Le génocide est l’un des crimes les plus lourds en droit international ; il exige l’établissement d’une intention spécifique d’extermination. Cette preuve est juridiquement complexe, longue à instruire, et historiquement rare à démontrer. On rappelle qu’il a fallu quatre ans pour que le génocide des Tutsis au Rwanda soit reconnu.

Amnesty International n’a pas attendu.
Elle a affirmé. Elle a martelé. Elle a communiqué.

D’ailleurs sur la page d’accueil actuelle d’Amnesty France, le mot génocide s’impose immédiatement. L’article reconnaissant les crimes du Hamas suit entre d’autres articles informatifs et nous permet d’accéder à la synthèse du rapport de AI. 

Page d’accueil d’Amnesty France. 14/12/2025

Ce qui surprend est l’illustration en couverture (il n’y en aura pas d’autre) : une manifestation d’israéliens en Israël. Pourtant quand il s’agit de Gaza, des images des plus dramatiques sont proposées. 

Le rapport reprend des informations connues de longues dates. Il faut s’arrêter aux « conclusions et recommandations ». Alors que ce rapport doit concerner les crimes commis par le Hamas et d’autre groupes armés palestiniens, on lit… des recommandations concernant Israël :
« Au vu de ces conclusions, Amnesty International formule un certain nombre de recommandations pour garantir justice et réparation aux victimes des crimes commis. L’organisation a présenté dans d’autres publications ses recommandations concernant le génocide et les autres crimes de droit international perpétrés par Israël, en particulier à Gaza et plus généralement en Israël et dans le TPO. » 

et plus loin :
« Amnesty International demande aux autorités israéliennes de mettre un terme aux violations du droit international contre la population palestinienne dans le TPO et contre les citoyen·ne·s palestiniens d’Israël. »

Voilà… AI profite de ce rapport sur les crimes du Hamas pour accuser encore une fois Israël et donne, en creux, une raison aux massacres perpétrés par le Hamas. Sans surprise.
En face, dans le rapport au sujet du « génocide » à Gaza, AI ne met pas évidemment pas le Hamas en cause mais Israël est accusé de commettre un génocide dès le  7 octobre 2023 [PDF]. Sans surprise encore.

Personne n’est dupe, aujourd’hui, face aux critiques croissantes sur ses prises de position, Amnesty International cherche uniquement à se refaire une légitimité en reconnaissant enfin ce qui était évident depuis le premier jour : les crimes du 7 octobre relèvent des crimes contre l’humanité. Et si elle ne l’a pas fait avant, c’est de la faute aux israéliens dit Amnesty International !

Photo : les illustrations du « génocide » selon AI vs les illustrations du crime contre l’humanité selon AI aussi. Illustration du « double standard ».

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