L’Ukraine, Glucksmann, la gauche et moi

Je n’oublierai jamais l’intervention de R. Glucksmann sur France 5 au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Dès le jour du déclenchement de la guerre, j’ai voulu partir. Nous étions en vacances à Paris, c’était ma semaine avec ma fille… Il m’a fallu trois semaines pour m’organiser, me préparer, commander et recevoir mon équipement militaire, gérer la garde alternée. Glucksmann disait exactement ce que je pensais et ce que je ressentais : une guerre illégale qui allait être brutale comme celles déjà menées par Poutine ; les plus avisés pensaient déjà extermination, violences programmées et organisées envers des populations civiles, guerre des plus idéologiques : dénazification, refus de la notion même d’État ukrainien et de nation ukrainienne, négation de l’existence d’une culture ukrainienne. Nous allions devoir faire face à une guerre de conquête à l’image des premiers « coups de force » d’Hitler dans les années 30 qui préfiguraient la guerre totale qui allait être menée en Europe et qu’Hitler programmait déjà dans Mein Kampf. Les idées que Glucksmann formulait et développait avec clarté, celles d’unité, de fraternité européenne, de responsabilité collective et individuelle, étaient exactement les miennes. Cette guerre n’était pas exclusivement du ressort des Ukrainiens, elle nous intéressait au premier chef. Il nous fallait penser notre soutien et notre aide à l’Ukraine d’un point de vue « égoïste » : il a utilisé ce terme qui a beaucoup résonné en moi. Cette guerre-là, c’est aussi la nôtre en tant qu’Européens, en tant que citoyens français. Il n’est pas possible d’accepter la destruction d’un État et d’une nation européenne. C’était évidemment oser affirmer l’idée qu’il y a des guerres qui nous touchent et nous concernent plus directement et personnellement que d’autres, et même qui nous intéressent plus que d’autres. Je suis bouleversé quand je lis ce qui se passe dans tel ou tel conflit sur d’autres continents, mais la guerre en Ukraine, c’est autre chose. C’est en tant que Français et qu’Européen que je me suis senti immédiatement concerné dans ma chair, au-delà de ma raison et de mes opinions politiques. Les mots de Glucksmann qui parlaient de « trahison », de « lâcheté », de « complicité » de la part d’une partie de nos élus politiques dont certains étaient en lice pour les présidentielles faisaient totalement écho en moi. Sans être géopolitologue, historien, ou expert, je pensais que les Russes allaient attaquer. Le 24 février 2022, nous y étions. Il fallait que je parte, je ne pouvais pas faire autrement. J’ai souvent dit que j’étais parti un peu à cause de Glucksmann, pour signifier mon total accord avec ses propos.

Mes divergences avec la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont connues et elles sont immenses, sur des sujets plus que fondamentaux.
[…]
Je ne vais donc pas me mettre à chanter « Mélenchon Premier Ministre! » tous les matins, mais je ferai tout pour que le maximum de voix solidaires, humanistes et écologistes puissent se faire entendre dès cet été à l’Assemblée.

R. Glucksmann-Jeckyll & R. Glucksmann-Hide

Alors il m’est incompréhensible qu’aujourd’hui celui-ci ratifie l’alliance avec la France Insoumise* au mépris de ce que Mélenchon et les membres de son parti ont pu dire du Parti Socialiste et de la gauche de gouvernement ces dernières années. C’est une grave erreur politique ! À cela s’ajoute une erreur morale : Mélenchon défend et soutient la politique extérieure de Poutine depuis que celui-ci est au pouvoir. Il a justifié à plusieurs reprises l’injustifiable, que ce soit l’annexion de la Crimée, l’intervention de la Russie en Syrie, ou sur la nature même du pouvoir poutinien, qui rappelons-le, fait assassiner des opposants et des lanceurs d’alerte, jette en prison et persécute tout dissident. Une autre encore est de s’associer avec le parti qui rejette et caricature la laïcité, qui veut abattre le pacte républicain et le modèle social et universel français. S’accorder avec Mélenchon au nom d’un hypothétique « Grand Soir » qui amènerait des lendemains qui chantent et ferait tomber le bonheur, la justice et l’égalité comme par miracle sur la France est une illusion. Adouber un nouveau Front populaire qui relève de la falsification historique, politique et morale est une forme de réécriture de l’Histoire.

Libéral, européen, progressiste, démocrate, R. Glucksmann n’ a eu de cesse de vilipender tous les populismes. Il ne pouvait pas s’unir à cette gauche. Je ne peux pas, moi, être de cette gauche-là.

* 4 mai 2022 : alors que le débat fait rage au PS sur dans le cadre des négociations avec la NUPES (l’accord sera signé le lendemain), Raphaël Glucksmann publie un texte dans lequel ses contorsions dignes du cirque de Pékin lui permettent tout à la fois de rappeler que ses « divergences avec la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont connues et elles sont immenses, sur des sujets plus que fondamentaux. », et… de soutenir un accord avec la NUPES ! [Facebook]

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Publication originale Facebook : 👉 𝗟’𝗨𝗞𝗥𝗔𝗜𝗡𝗘, 𝗚𝗟𝗨𝗖𝗞𝗦𝗠𝗔𝗡𝗡, 𝗟𝗔 𝗚𝗔𝗨𝗖𝗛𝗘 𝗘𝗧 𝗠𝗢𝗜

Depuis cet article…

  • 5 août 2022 : en réaction aux déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur Taiwan à la suite de la visite de Nancy Pelosi, Raphaël Glucksmann, sans revenir sur sa publication du publie sur [Facebook] : « Ma gauche est solidaire des démocrates ukrainiens et taïwanais face aux tyrans de Moscou et Pékin, défend la liberté face aux régimes autoritaires et vote pour accueillir les démocraties finlandaises et suédoises dans l’OTAN.
    Elle ne s’effacera pas et affirmera ses principes. »
  • 5 août 2022 : le même jour, Raphaël Glucksmann publie un texte plus long reprenant la longue histoire de la fracture de la gauche. De là à remettre en cause le soutien opportuniste apporté à l’accord NUPES… [Facebook]

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