Le négationnisme s’invite dans les institutions

Le 15 juillet, veille du 80ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la Mairie du XXème annonçait sur sa page Facebook les commémorations du lendemain.

Le texte original

« Il y a 80 ans, la France acceptait de livrer des milliers de Françaises et de Français à l’Allemagne nazie. Les 16 et 17 juillet 1942, des personnes juives, tsiganes, communistes, LGBT,… sont arrêtées à Paris, embarquées au Vélodrome d’Hiver puis déportées vers les camps de la mort. Le 16 juillet 2022, les élues et les élus de #Paris20 rendront hommage aux enfants, aux femmes et aux hommes victimes de la barbarie nazie, la cour de la Métairie puis à la Bellevilloise et enfin à la mairie du 20e. »

➡️ La rédaction de la Cheuille de Fou ayant eu vent de ce statut le 21 juillet, a immédiatement réagi et a ajouté sa voix aux protestations, notamment en contactant la Mairie du XXème.

Que contestions-nous ?

Le texte publié était entièrement faux du point de vue historique. Rien n’allait.

Tout d’abord, ce texte est fondamentalement négationniste. Les communistes, les homosexuels et les Tziganes ont été des victimes du nazisme, mais la rafle du Vel d’Hiv ne concernait que les Juifs, en majorité étrangers de surcroît (et non des « Françaises et des Français »)

Ce texte revient donc à nier la spécificité du destin particulier des Juifs pendant la seconde guerre mondiale et singulièrement à l’occasion de cette rafle, ce qui est un des aspects du négationnisme ; c’est notamment cette rhétorique qui permet à des gens comme Dieudonné de le diffuser.

À ceci s’ajoute de manière discrète la déresponsabilisation de la France. Celle-ci n’avait pas « accepté » de livrer les Juifs en réponse à une demande allemande. La France a livré des Juifs de son propre chef et a insisté pour que les Allemands acceptent aussi les enfants.

On passera rapidement sur l’anachronisme ridicule qui consiste à parler de « personnes LGBT » en 1942. Cela laisse toutefois quelques indications sur l’école de « pensée » de l’autrice.

➡️ Quelques minutes après notre intervention (précédée par des commentaires Facebook datant de plusieurs jours mais vraisemblablement pas lus), la Mairie modifiait le statut.

Le texte modifié

« Il y a 80 ans, la France livrait des milliers de Juives et de Juifs à l’Allemagne nazie. Le 16 juillet, la mairie de #Paris20 a rendu hommage aux personnes juives victimes de la barbarie. 13 000 personnes, dont près d’un tiers d’enfants, ont arrêtées lors de la rafle du Vel d’hiv, la plus grande arrestation massive de Juives et de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Moins d’une centaine d’adultes en reviendront.
⚠️ Post modifié
La mairie du 20e présente ses excuses. Nous avons modifié ce post suite aux commentaires des habitants et habitants. Nous les remercions pour leur vigilance. Il est important de respecter la réalité historique. »

Pourquoi ça ne va toujours pas (du tout !)

La vérité historique a certes été rétablie mais à la va-vite dans des conditions qui ne permettent sûrement pas d’en rester là.

Du point de vue du préjudice :

La publication est restée lisible 6 jours sur Facebook, et on sait que cela correspond au temps de visibilité maximum… une correction de la publication ne s’accompagne pas d’une nouvelle apparition sur les fils des lecteurs. Ainsi cette correction sera peu lue et la première version restera en mémoire des lecteurs. Pour apporter une correction digne de ce nom il conviendrait de faire une nouvelle publication.

Du point de vue éducatif :

Dans cette nouvelle publication, on ne peut se contenter de proposer un texte historiquement exact. La connaissance de cette rafle étant très limitée, il est nécessaire d’expliquer en quoi la première publication était fausse et faisait preuve de négationnisme.

Du point de vue du respect :

L’utilisation correcte de la langue française quand on s’adresse à quelqu’un est un signe de respect, en particulier dans le contexte d’excuses. Dans le nouveau texte, mots ou lettres manquants, fautes d’accord… font preuve de tout le contraire.

Du point de vue contextuel :

Cet événement prend place dans un contexte particulier

Tout d’abord le XXème arrondissement est de très loin celui où le plus de juifs ont été arrêtés.

Ce même arrondissement a récemment été le théâtre de l’attentat antisémite de l’Hyper Cacher, ce qui confère aux élus un devoir accru.

C’est aussi dans cet arrondissement que Jeremy Corbyn a été accueilli par des élues de notre Assemblée Nationale Danielle Simonnet et Danièle Obono pour soutenir la NUPES lors des dernières législatives. Rencontre de nombreuses fois dénoncée du fait des accointances antisémites de Jeremy Corbyn qui lui ont valu l’exclusion du parti travailliste anglais.

Mais surtout

La Mairie d’arrondissement (200 000 habitants !) a donc confié sa communication sur les 80 ans de la rafle à une personne que nous qualifierons par magnanimité d’incompétente et ceci par deux fois. La rapidité et la négligence avec lesquelles a été rédigé le correctif semblent davantage une marque de mépris que d’attention et laissent au moins perplexes sur les excuses présentées.

La légèreté avec laquelle la communication autour de cette commémoration a été entreprise ne peut que conforter les doutes sur la sincérité de la NUPES (qui détient la majorité municipale ainsi que la circonscription) dans sa prétendue lutte contre l’antisémitisme.

Olivier Ranson, pour la Cheuille de Fou

La Cheuille de Fou se mouille

Qu’on ne se méprenne pas ! cette histoire n’est pas simplement une manifestation supplémentaire de la montée de l’antisémitisme. Il s’agit bel et bien de la première fois en France que le négationnisme gagne le niveau institutionnel dans une commune de cette importance. À ce titre, si aucune mesure symbolique n’était prise, ce statut Facebook pourrait bien devenir un marqueur, le point de bascule auquel les historiens du futur associeront le nouveau déferlement de l’antisémitisme en France.

Dans une démocratie fonctionnelle – municipale ou non –, les responsables d’un tel enchaînement d’infamies auraient l’honneur de remettre leurs démissions. Mais l’honneur étant démodé, il faut parfois le provoquer, c’est pourquoi de manière exceptionnelle, la Cheuille de Fou invite ses lecteurs à écrire au maire, M. Eric Pliez, à l’adresse email suivante :

eric.pliez@paris.fr

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Liens – Le négationnisme s’invite dans les institutions

Publication originale Facebook : 👉 𝗟𝗘 𝗡𝗘𝗚𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡𝗡𝗜𝗦𝗠𝗘 𝗦’𝗜𝗡𝗩𝗜𝗧𝗘 𝗗𝗔𝗡𝗦 𝗟𝗘𝗦 𝗜𝗡𝗦𝗧𝗜𝗧𝗨𝗧𝗜𝗢𝗡𝗦

Article repris dans Tribune Juive

Depuis cet article…

  • 27 juillet 2022 : la mairie du XXème par la voix de son maire M. Pliez a publié un communiqué plus clair pour mettre fin à la polémique. À notre connaissance la responsable de la communication, Sophie D., est toujours en poste. [notre article]

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